Exemples de financement mixte

Le financement direct est la mise à disposition d'obligations, de participations ou de subventions. La contribution publique au financement mixte se compose de subventions, de participations minoritaires (le bailleur de fonds accepte un risque élevé pour un rendement relativement faible), et/ou des dettes subordonnées/de second rang/mezzanine (avec lesquelles le bailleur de fonds absorbe les premières tranches de risques dans le cas d'un non-paiement de prêts ou d'un retard de remboursement de prêts). L'effet de tous ces outils de financement mixte est que les bailleurs de fonds privés qui participent à une transaction, peuvent obtenir de meilleurs rendements à moindre risque, dans la mesure où ils peuvent fournir un financement à un projet/une transaction qu'ils ne financeraient pas, autrement (« additionnalité »). Parfois, il peut être suffisant qu'une agence internationale devienne simplement partie prenante à un projet, sans apporter de subventions/financement concessionnel/garanties, tout simplement parce que sa participation apporte un confort aux investisseurs privés.

Outre le financement direct, le financement mixte comprend également plusieurs mécanismes de soutien spécifiques :

  • Assistance technique : Complète la capacité des entités émettrices et réduit les frais de montage et de transaction.
  • Souscription de risques : Protège entièrement ou partiellement l'investisseur contre les risques et les pertes en capital.
  • Incitants du marché : Apporte un financement orienté vers les résultats et des garanties de prélèvement subordonnées aux résultats et/ou des paiements garantis, en échange d'un financement initial dans des marchés nouveaux ou en difficulté.

Une assistance technique et une souscription de risques, en particulier, se sont avérées très efficaces dans la mobilisation de financements privés, surtout en comparaison avec le financement direct, avec plus de 5 USD de fonds privés levés pour chaque dollar de financement du développement.

À l'exception des incitants du marché, toutes les modalités de financement direct, ainsi que les deux premiers mécanismes de soutien se retrouvent dans les différents programmes de financement mixte en cours. Voici quelques-uns des principaux programmes :

Fonds pour l'Agriculture Africaine (AAF)

Le Fonds pour l'Agriculture Africaine (FAA) est un fonds d'actions privé soutenu par un groupe d'institutions européennes et africaines de financement du développement dont l'objectif consiste à exercer un impact positif sur l'agriculture et la production alimentaire en Afrique.

Le fonds a atteint un capital de 246 millions USD à la mi-2013. La Facilité d'assistance technique du FAA (FAT FAA) est financée principalement par la Commission européenne. C'est un dispositif subventionné qui soutient le renforcement des capacités des petites et moyennes entreprises (PME) dans lesquelles le FAA et son compartiment PME, l'AAF SME Fund, ont investi pour améliorer les liens entre les petits planteurs, les petits exploitants et les sociétés de portefeuille du FAA, ce qui multiplie les possibilités de financement rural dans les communautés où le FAA investit.

African Agricultural Capital Fund (AACF)

L'African Agricultural Capital Fund (AACF) est un fonds d'investissement doté de 25 millions USD (17 millions USD provenant de diverses fondations, mélangés avec un prêt commercial de 8 millions USD de JPMorgan, ce dernier avec une garantie de 50 % de l'USAID), qui injecte du capital-risque dans les chaînes d'approvisionnement agricole en Afrique de l'Est pour soutenir les petits agriculteurs et attirer du capital financier et humain supplémentaire dans le secteur.  C'est le plus grand des quatre fonds gérés par Pearl Capital Partners.

African Agriculture and Trade Investment Fund (AATIF)

L'African Agriculture and Trade Investment Fund (AATIF) est un fonds de développement de 146 millions USD créé pour le compte du ministère fédéral allemand de la coopération et du développement économiques (qui prévoit une première tranche de perte) par la KfW et la Deutsche Bank (qui absorbent une couche mezzanine de pertes). La Deutsche Bank agit en tant que conseiller en investissements (à la fin de 2016, son mandat prendra fin et un nouveau conseiller en investissements sera nommé). Le fonds fournit des prêts et des garanties et peut également fournir, potentiellement, un financement, dans une mesure limitée, dans la chaîne de valeur. Ses objectifs d'investissement incluent les coopératives, les fermes commerciales, les entreprises de transformation, ainsi que les intermédiaires financiers et autres qui rétrocèdent des prêts aux petits exploitants agricoles. L'objectif de l'AATIF consiste à libérer le potentiel existant de l'agriculture et du commerce sur une base durable ; l'objectif principal est la promotion durable du revenu pour les personnes qui travaillent dans le secteur agricole, ainsi que l'amélioration de la compétitivité des entreprises locales.

African Risk Capacity Insurance Company

African Risk Capacity Insurance Company Ltd est un pool africain d'assurance qui couvre les catastrophes naturelles, une société d'assurance mutuelle hybride spécialisée qui vise à fournir une couverture contre les urgences de sécurité alimentaire liées à des conditions météorologiques. Le pool d'assurance inaugural a été lancé en mai 2014, avec quatre pays et cinq saisons assurés contre la sécheresse pour 129 millions USD, pour une prime de 17 millions USD. En 2015, ses pays membres étaient le Kenya, le Malawi, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et la Gambie. ARC est une filiale de l'African Risk Capacity (ARC), agence spécialisée de l'Union africaine.

Alterfin SCRL

Alterfin SCRL est une coopérative financière établie en Belgique, qui gère un capital de 65 millions USD et qui apporte des fonds aux chaînes de valeur agricoles (pour leurs fonds de roulement, ainsi que pour des financements à long terme). Ces apports de fonds sont principalement effectués par le biais de microfinancements ruraux et (avec 28 millions USD octroyés) du financement de petites exploitations agricoles.

Beira Agricultural Growth Corridor (BAGC) Catalytic Fund 

Beira Agricultural Growth Corridor (BAGC) Catalytic Fund est un partenariat qui encourage l'investissement privé responsable dans de nouvelles exploitations agro-alimentaires, commercialement viables et qui apporte des avantages directs à de nombreux petits agriculteurs du Mozambique. Le projet comporte deux éléments clés : (1) le BAGC Partnership, une organisation mozambicaine sans but lucratif qui soutient les changements au niveau des politiques ; et (2) le BAGC Catalytic Fund, un véhicule d'investissement à capital-risque social géré par l'investisseur à impact AgDevCo, qui investit dans des entreprises agricoles émergentes.

Fonds pour le financement agricole au Nigéria (FAFIN)

Le Fonds pour le financement agricole au Nigéria (FAFIN) est un fonds d'investissement orienté vers l'agriculture, conçu pour atteindre 100 millions USD, et qui apporte des solutions de financement et d'assistance technique sur mesure à des PME commercialement viables et à des intermédiaires du secteur agricole du Nigéria. Il utilise des instruments de quasi-fonds propres, de capitaux propres et obligataires pour structurer des investissements.  Le FAFIN cherche à détenir 25-49 % de capitaux propres dans une entreprise bénéficiaire et conclure un partenariat avec elle pour développement substantiellement l'entreprise. Il peut détenir ces capitaux propres directement par le biais d'actions ordinaires ou indirectement au travers d'instruments de quasi-fonds propres (obligations convertibles ou actions privilégiées). Il ne cherche pas à détenir des participations majoritaires. Le FAFIN dispose d'une facilité d'assistance technique financée de façon indépendante, qui soutient les sociétés émettrices et atténue les risques d'investissement. Avec une taille cible de 10 % du fonds, la facilité est actuellement financée avec 2 millions USD en subventions distinctes provenant de bailleurs de fonds (KfW) ; d'autres financements proviennent du gouvernement nigérian.

Le Fonds Nisaba

Le Fonds Nisaba est un fonds de capitaux propres privés, dont l'objectif est d'atteindre 50 millions USD, avec 10 millions USD de capitaux d'amorçage provenant de Louis Dreyfus Holding (grande société de négoce de produits agricoles et de transformation), cogérée par Bamboo Finance et Louis Dreyfus. Le Fonds Nisaba investira dans le renforcement de l'accès au marché en mettant en relation les petits producteurs et les consommateurs finaux et en renforçant les capacités et la création de valeur locales, notamment par la manutention et le stockage après récolte, ainsi que par des solutions de transformation.  Le fonds vise à accroître les capacités, promouvoir une diversification plus équitable de la chaîne de valeur, créer de la valeur ajoutée locale, favoriser l'innovation, rationaliser la distribution pour les petits exploitants et leurs communautés et, en général, améliorer la sécurité alimentaire en Afrique. Le Fonds est un fonds fermé à 10 ans, avec une période d'investissement cible de 5 ans et un investissement moyen pouvant atteindre 3,5 millions USD. Il y aura un fonds d'assistance technique de 1,5 million USD. Nisaba effectuera des mesures sociales et environnementales spécialisées des performances réalisées par les gestionnaires. Le Fonds a été lancé en octobre 2015.

responsAbility Investments

responsAbility Investments est un gestionnaire d'actifs, qui compte quelque 3 milliards USD sous gestion et qui investit en fonds propres ou dette subordonnée dans des pays en développement, y compris dans l'agriculture.  Il s'agit de l'un des principaux membres du Council on Smallholder Agricultural Finance.

Root Capital

Root Capital est un fonds d'investissement social sans but lucratif orienté vers le secteur agricole en Afrique et en Amérique latine. Il octroie des crédits (à la fois du financement commercial et du crédit d'investissement à long terme) et une assistance technique ciblée pour renforcer des liens commerciaux. Depuis sa création en 1999, il a déboursé environ 1 milliard USD en prêts, au travers de plus de 2.500 transactions.  Root Capital est financé par une combinaison de sources publiques et privées. Il reçoit notamment des garanties d'agences de développement et de fondations, ce qui lui permet d'attirer des capitaux privés supplémentaires, en émettant des titres d'une durée pouvant atteindre 10 ans et en versant des rendements de 0 à 4 %. Pour son assistance technique, il a accès à une initiative de subventions de l'USAID. Entre autres choses, Root Capital gère le Lending for African Farming Company (LAFCo), facilité de prêt de 15 millions USD (structurée comme une société d'investissement établie à Maurice) financée principalement par la KfW et AgDevCo, qui met l'accent sur le travail des sociétés de financement de fonds de roulement qui opèrent dans les chaînes de valeur agricoles locales et régionales de l'Afrique ; il vise 1 million USD + tailles des prêts.