Libérer des capitaux pour les petits agriculteurs grâce au financement mixte

L'Initiative pour Smallholder Finance (ISF) explique son approche pour aider les petits agriculteurs à accéder au financement dont ils ont besoin.

Au cours de la dernière décennie, la communauté financière agricole s'est rendu compte que répondre aux besoins des petits exploitants agricoles et de leurs familles nécessite une collaboration de plusieurs types d'organisations, des acheteurs aux bailleurs de fonds en passant par les organisations non gouvernementales (ONG) et communautaires. En outre, la diversité et l'intensité des risques liés à l'agriculture à petite échelle signifient que la croissance et la productivité ne peuvent être réalisées que par le biais de stratégies efficaces de partage et d'atténuation des risques. Combiner tous ces aspects requiert des structures de partenariat complexes et des formes de financement mixte.

Grâce à notre étude de différents aspects du financement des agriculteurs, y compris notre rapport récent intitulé   Inflection Point, notre équipe à l'Initiative for Smallholder Finance (ISF) a appris à comprendre le besoin critique d'un rôle d'intermédiaire entre les apporteurs de capitaux et les organisations qui travaillent avec les petits exploitants, et nous avons transformé notre organisation afin de soutenir ce rôle.

Nos intérêts spécifiques se situent au niveau des apporteurs de capitaux privés et philanthropiques, qui peuvent inclure des acteurs de l'industrie, comme les institutions de financement du développement, les gouvernements, les fondations, les investisseurs privés et les investisseurs d'impact. Notre équipe à l'ISF contribue à structurer les partenariats et les facilités de financement mixte pour augmenter le flux des investissements et des subventions aux fournisseurs de services financiers (FSF) tels que les banques locales, les institutions de microfinance, les prêteurs sociaux et certaines ONG qui, à leur tour, desservent les petits exploitants (voir tableau ci-dessous).

Sur la base d'études et d'analyses, ainsi que des interviews de près de 80 organisations différentes, notre rapport  Inflection Point appelle à un changement de fond dans le niveau de coordination dans l'industrie du financement agricole et met au défi les parties prenantes de se réunir autour de l'objectif consistant à doubler la croissance annuelle du financement agricole, pour le faire passer d'environ 7 % à 14 % afin de répondre à plus de la moitié des besoins de financement des petits exploitants d'ici 2025. Nos études ont mis particulièrement en évidence la nécessité de ce rôle d'intermédiaire, qui permet aux FSF et à d'autres organisations d'accéder aux capitaux dont ils ont besoin pour augmenter le montant total des prêts accordés aux petits exploitants.

Forts de ces conclusions, nous avons changé notre approche à l'ISF pour combler, en priorité, les lacunes là où nous sommes les mieux placés pour le faire :

  1. Servir d'intermédiaire au niveau des marchés philanthropiques et de capitaux. Nous contribuons à créer des partenariats et des structures financières qui permettent aux fonds d'atteindre plus facilement les FSF sur les marchés philanthropiques et de capitaux, afin qu'ils puissent mieux desservir les petits exploitants. Sur les marchés frontières, les acteurs manquent souvent des capacités, des ressources dédiées ou d'incitants y relatifs pour se concentrer sur le développement de nouvelles structures financières avant de pouvoir mettre en place un concept commercial affiné, un ensemble d'investisseurs engagés et des partenaires locaux intéressés à aller de l'avant. L'ISF contribue à façonner ces opportunités à un stade précoce, à les amener au point où les parties concernées et les seconds rôles souvent engagés, sont incités à réaliser l'investissement.
  2. Continuer à soutenir l'évolution d'une conversation mondiale autour du financement des petits exploitants. L'ISF met à disposition un forum structuré pour la communauté des donateurs et des investisseurs afin qu'ils puissent partager leurs activités programmatiques, leurs centres d'intérêt et leurs intentions, tout en respectant les mandats différents des organisations impliquées. Au-delà de la communauté des bailleurs de fonds, nous facilitons la tâche des acteurs du marché qui travaillent sur des marchés connexes sur une base préconcurrentielle afin d'améliorer la transparence et d'établir des normes. Par exemple, l'ISF a été un partenaire, pendant plusieurs années, du Council on Smallholder Agricultural Finance, une alliance préconcurrentielle de prêteurs sociaux.
  3. En utilisant des études, de façon sélective, pour soutenir des partenariats et des structures financières. Nous continuons à publier des études sur l'industrie, qui mettent l'accent sur la documentation de transactions passées spécifiques ou des opportunités prospectives. Par exemple, nous avons récemment publié une étude sur l'application de grands volumes de données dans le financement des petits exploitants et sur la manière de débloquer des prêts en devise locale grâce à la gestion des risques de change.

Nous ne sommes pas les seuls à avoir reconnu l'importance d'un rôle d'intermédiation pour débloquer le financement mixte en faveur des agriculteurs. La communauté du développement a largement reconnu le fait que la structuration du financement mixte exige une approche patiente et flexible, en raison de sa complexité et de ses risques. Parmi les exemples comparables et complémentaires, citons :

  • Convergence est une plate-forme de financement mixte visant à mettre en relation les investisseurs privés, publics et philanthropiques ; elle octroie également des subventions pour la conception d'instruments ou de produits mixtes
  • NatureVest, parrainée par JP Morgan Chase, recourt à une approche et une structure d'équipe similaires à celles de l'ISF, mais se concentre principalement sur la préservation de l'environnement
  • IDB InfraFund soutient l'identification et la conception de projets d'infrastructure bancables qui impliquent des sources mixtes de financement.

Qu'est-ce qui fonctionne jusqu'à présent ? Les leçons susceptibles de servir à d'autres intervenants souhaitant jouer ce rôle

Dans notre transition vers un rôle d'intermédiation, nous avons estimé que quelques éléments clés étaient critiques et nous espérons que ces leçons serviront à d'autres intervenants qui souhaiteraient jouer un rôle similaire dans le secteur agricole :

  1. Entrer en relation avec tous les acteurs principaux. Nous disposons d'un comité de direction et de conseil diversifié, composé de bailleurs de fonds influents et de praticiens, qu'il s'agisse de donateurs comme l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), la Small Foundation et la Bill and Melinda Gates Foundation en passant par des PSF et des praticiens comme Root Capital, One Acre Fund et l'Initiative pour le commerce durable (IDH). Nous maintenons une communication active avec plus de 100 collaborateurs et nous partageons notre expérience de l'industrie avec une liste de contact de plus de 1000 praticiens. Pour exercer un impact significatif, nous avons constaté qu'il est essentiel de disposer d'un grand réseau actif, capable de fournir un feed-back sur nos efforts et de bénéficier de notre soutien autour de la construction de partenariats et de structures financières.
  2. Développer une connaissance approfondie du secteur et définir ses besoins spécifiques. Nous avons passé trois années à créer une solide base de preuves pour le secteur et nous continuons à publier régulièrement des notes destinées aux cadres supérieurs sur les questions critiques auxquelles l'industrie fait face. Nous utilisons ces études non seulement pour informer sur nos propres efforts, mais aussi pour contribuer à guider les praticiens et les bailleurs de fonds dans leurs stratégies. Comme nous sommes passés d'un rôle de recherche à un rôle d'intermédiaire, nous avons élaboré un partenariat avec le Rural and Agricultural Finance Learning Lab, où nous publions nos études et partageons nos données.
  3. Obtenir un engagement. Notre comité de direction reconnaît l'importance de notre rôle d'intermédiation pour faire avancer le marché et il travaille avec nous de façon flexible, ce qui nous permet de définir de concert l'agenda le plus efficace et d'adapter nos ressources en conséquence. Cette flexibilité nous permet de jouer le rôle d'intermédiaire en fonction des lacunes et des opportunités que nous constatons sur le marché, en évitant ainsi les obstacles typiques de subventions plus structurées fondées sur des projets.
  4. Recruter la bonne équipe. Nous avons formé une équipe composée d'une variété d'experts du secteur, disposant de bonnes relations et bien informés, dotés de solides compétences en stratégie et facilitation, d'une part, et de professionnels de la finance expérimentés, qui savent concevoir et structurer des facilités de financement mixte complexes, d'autre part. La combinaison de ces deux ensembles de compétences réunis au sein de notre équipe a été primordiale pour notre succès en ce qu'elle nous a permis de réagir avec flexibilité à des besoins d'intermédiation complexes.

Un regard prospectif

Pour l'avenir, nous nous engageons à aider l'industrie à accélérer son taux de croissance, pour qu'il passe de 7 % à 14 %, afin de combler son déficit de financement, en partenariat avec d'autres intervenants. Nous avons besoin des efforts concertés de prestataires de services financiers et d'autres acteurs pour interagir étroitement avec nos clients en vue de concevoir et de proposer des produits appropriés et désirables grâce à des partenariats intégrés, soutenus par des subventions plus importantes et plus intelligentes. L'ISF veut jouer un rôle pour combler le déficit de financement des petits exploitants et nous espérons que vous vous joindrez à nous.